BRÈVE HISTOIRE DE LA COMMUNE

D'ENSUES - LA REDONNE

1/ avant l'âge du fer

 

4/ LES INVASIONS DES Ve - IXe  SIECLE

2/ à l'âge du fer

 

5/ XII-XVIIIe SIECLE : LE MONDE MODERNE

3/ - 100 AV. J.C. PREMIERES INDUSTRIES

 

6/ LA CREATION DE LA COMMUNE

 

1/ avant l'âge du fer :

Aucune source directe ne recense, sur le territoire même, des traces venues des temps préhistoriques. Pourtant sur les communes avoisinantes, ce n'est pas le cas et l'on sait désormais que la région fut riche en gisements. En effet, si l'on se base sur les sources archéologiques, assez fragmentaire pour la zone qui nous intéresse, on peut constater que, pour deux des communes environnantes au moins, l'homme s'est installé très tôt.

Très mal connues en Provence, les périodes épipaléolithique et mésolithique (entre 18000 et 6000 avant J.C.) sont marquées par la remontée du niveau de la mer de l'ordre de plusieurs mètres (quasiment jusqu'au niveau actuel, à un demi mètre près), ainsi que par un certain assèchement entraînant une migration de l'habitat. L'outillage en pierre évolue. La flèche tranchante apparaît, en particuliers sur le site de Châteauneuf les Martigues, exceptionnel par son gisement qui, d'ailleurs, après son invention, deviendra rapidement un lieu de référence.

Le Castelnovien (entre 7000 et 6000 avant J.C.) constitue une étape importante dans les transformations des genres de vie en Provence. Le cerf, le sanglier, les poissons et les coquillages constituent la base de l'alimentation. Des graines sauvages sont collectées. Peu à peu, quelques espèces animales sont en voie de domestication (bœuf, mouton … ). Le chien est présent. Cette culture, autrefois appelée Tardenoisien côtier, est celle qui sera en contact avec les groupes néolithiques. C'est aussi cette culture que l'on retrouve avec éclat à Châteauneuf-les-Martigues ainsi que dans quelques sites alentours.

On peut donc avancer, sans aucune erreur, que le territoire de la commune d'Ensuès a abrité quelques-unes de ces communautés, que l'on peut qualifier "d'ancêtres des Ensuneriens".

A partir du VIIe millénaire, la vague néolithique submerge tout sans qu'il soit possible de déterminer s'il s'agit d'un lent processus autochtone, le fruit d'une lente contamination que l'apparition d'une petite navigation a permise ou tout simplement le résultat de migrations proche orientales. C'est, en tout cas, l'une des plus grandes périodes de la préhistoire.

Inventif, l'homme du néolithique fabrique des récipients en céramique, pratique le tissage, la vannerie, le polissage de la pierre. Il trouve le moyen de contrôler et développer sa nourriture. Il sera paysan, pasteur, mineur, artisans, commerçant, bâtisseur, … Il s'agit donc de la transformation globale la plus importante qu'ait connu l'humanité depuis son apparition puisque, à terme, elle va conduire à la constitution des sociétés urbaines historiques.

De nouveau, le site voisin de Châteauneuf-les-Martigues se révèle largement occupé et à la pointe des découvertes sur cette période. Mais le site de La Couronne n'est point en reste et dévoile lui aussi une importante communauté. Quant à l'Estaque, il est attesté qu'il héberge lui aussi des communautés.

Il s'agit, soit de grottes, soit d'habitations de plein air. La civilisation nouvelle présente bien des traits originaux. D'abord sa céramique ainsi que les parures de coquilles marines percées, mais surtout le fait que l'agriculture et l'élevage prennent le pas sur la chasse et la cueillette. Leur cabane était très simple : un rang de pierres pour former le cercle limitant l'habitation, le reste en bois et peaux

Le processus de sédentarisation a commencé. Le mouton est devenu un élevage. Il est probable que le territoire d'Ensuès hébergeait une ou plusieurs communauté de ce type dont la cellule essentielle serait le groupe familial. Châteauneuf-les-Martigues, La Couronne, l'Estaque, montrant l'exemple, la tentation est forte d'inclure Ensuès-La Redonne dans le processus et rien ne s'y oppose. D'autant plus que les travaux d'Escalon de Fonton contribuent à cette hypothèse.

 

2/ à l'âge du fer :

L'âge du fer est marqué par l'apparition des "étrangers" dans la région, phéniciens, rhodiens, étrusques et bien sûr et surtout les Grecs. Il n'y a aucune installation définitive sur le territoire de la commune avant le 1er siècle avant J.C.

Mais on sait de source sûre que la calanque de La Redonne a été utilisée très tôt par les Massaliotes, tout d'abord comme relais sur la route maritime reliant Massalia aux carrières de pierres de La Couronne, puis comme relais de pêche. En effet, dès la fondation de la cité phocéenne, Massalia eut un besoin vital de pierres, aussi bien pour ses murailles que pour ses monuments. La voie maritime était la solution de facilité pour le transport des lourdes charges entre les carrières maritimes et le Lacydon. Très tôt les navires grecs spécialisés croisèrent au large de La Redonne, venant parfois se réfugier dans l'une des calanques lors d'un "fort coup de tabac". Il est important de noter que le niveau de la mer, à l'époque grecque, se trouvait un demi mètre en dessous du niveau actuel.

Le territoire de la commune, avec celui des communes voisines, est aussi connu pour une autre activité. Il sert de viviers et de points de ravitaillement aux Massaliotes. Moutons et chèvres sont élevés dans les collines, servant ensuite à l'approvisionnement de la ville mais aussi au ravitaillement des navires en escale. La chèvre locale est l'ancêtre de la trop fameuse chèvre du Rove. On trouve une proportion de deux chèvres pour trois moutons. Massalia puisait dans les élevages de proximité pour subvenir à son ravitaillement en viande.

Les résultats archéologiques des sites locaux et environnants ont permis de montrer que les moutons sont abattus jeunes tandis que les chèvres sont conservées adulte plus longtemps, probablement pour leur lait.

Pour les locaux, la chasse constitue une ressource importante en protéine et notamment la chasse au cerf. Il est intéressant de noter à ce propos l'importance du boisement de la chaîne de la Nerthe, sans aucune mesure avec ce que nous connaissons.

Au IV e siècle avant notre ère, la civilisation environnante, alors mi-phocéenne, mi-ligure, connut une nouvelle révolution. Les Celtes du Nord arrivèrent sur les bords de l'étang de Berre. En peu de temps, ils occupèrent la Provence Occidentale.

Une puissante confédération de tribu que l'on qualifiera de celto-ligures va naître. Sa capitale sera Entremont, dans la vallée de l'Arc, à proximité immédiate de l'actuelle Aix-en-Provence. Parmi toutes les tribus qui la compose, trois d'entre elles nous intéressent :

·        Les Anatiloi, installés à Martigues,

·        Les Avatikoi, à proximité de Caronte,

·        Les Kainikatoi, à l'Estaque.

Cette confédération donna à la Provence occidentale une unité politique, et même, peut-on dire, une nationalité que ce pays n'avait jamais connue. Mais elle entraîna aussi l'intervention romaine. Massalia, plus maître de son territoire, attaquée par ces Salyens belliqueux, demanda l'aide de Rome. Rome intervint par deux fois, en 125 puis en 122. Les Salyens écrasés, il ne restait plus aux romains qu'à conforter leur domination sur la région en fondant une ville.

 

3/ 1ER SIECLE AVANT J.C. - LES PREMIERES INDUSTRIES :

Avec la fondation d'Aquae-Sextiae, la région devient plus sure mais, désormais, les romains sont définitivement installés dans la région. C'est probablement cette installation qui entraîne le développement du territoire d'Ensuès avec les premières installations rurales.

La physionomie de la région sous la domination romaine ne diffère pas sensiblement de ce qu'elle était aux siècles antérieurs. Le déclin relatif et temporaire de Marseille et le développement du trafic terrestre y introduisent une certaine originalité. Mais, le terroir d'Ensuès reste encore à l'écart même si de nombreuses traces d'occupation locale apparaissent.

La première "industrie" attestée sur le territoire de la commune est un petit établissement rural situé au lieu-dit "l'Aiguille". En effet, sur un terrain destiné à la vigne, les archéologues ont prospecté plusieurs dizaines fragments de céramiques, d'amphores et de tuiles, preuve de la présence en ce lieu d'une industrie. (Voir code 13870 du catalogue DRACAR). Ce site montre un étonnant mélange de style qui se développent sur près de deux cents ans.

Par contre, le comportement collectif change et apparaissent dans le paysage les "villae", grosses exploitations agricoles. Aucune pour l'instant n'a été recensée sur le territoire de la commune mais plusieurs d'entre elles ont été trouvé sur les communes avoisinantes.

Grâces à Massalia proche, les indigènes avaient appris à tailler la vigne et à planter l'olivier. Voilà donc, sans aucun doute, les premières cultures qui apparurent sur le territoire de la commune auquel s'ajoute la coupe du bois et, bien sur, la pèche. Il ne fait aussi aucun doute que des cabanes de pécheurs ont surgi, bénéficiant des avantages naturels des calanques.

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que, même à cette époque, la population restait extrêmement réduite et dispersée.

 

4/ LES INVASIONS DES Ve - IXe  SIECLE :

La chute de l'Empire romain fut la conséquence des invasions barbares aggravées par les troubles intérieurs. La région n'échappa pas à la règle. Le flot barbare s'écoulait vers l'Espagne par la vallée du Rhône, buttant contre les kystes romains d'Arles ou de Marseille. La Provence était épargnée mais les régions immédiates de ces villes dévastées. Le climat d'insécurité entraîna une certaine régression urbaine. L'habitat commença à gagner les hauteurs et les "villae", refuges jusqu'à ce moment-là, à être délaissé.

Dans ce contexte, les sites de Chateauneuf les Martigues, la Couronne ou du "Camp de Laure" offrent une meilleure situation. Le territoire d'Ensuès est, quant à lui, laissé plus ou moins à l'abandon.

A la disparition de l'Empire d'Occident, Wisigoths et Burgondes occupent la région, avant que les Francs surgissent. De plus, à ces troubles, se rajoutent les fléaux de la peste, variole et dysenterie. La région est très durement touchée et les collines de la Nerthe ne font pas exception. Par contre, hormis les villages, la chaîne montagneuse est livrée à son sort … et aux chèvres.

La région était meurtrie mais cette longue période désastreuse n'avait pas eu de grande conséquence sur son entité politique. La disparition des structures administratives romaines et la dislocation consécutive aux invasions donneront la primauté aux structures ecclésiastiques. Les structures de remplacement étaient en place. Elles seront la base de la Provence historique. Ensuès la Redonne se trouve alors sous la coupe du diocèse de Marseille.

 

5/ XIIe - XVIIIe SIECLE : LE MONDE MODERNE :

Tout l'espace provençal resté marqué par la trilogie méditerranéenne (céréales, vigne, olivier) associé à l'élevage et, dans la mesure du possible, aux arbres fruitiers.. Ce sont les conditions locales qui dictent les priorités. Après 1550, les mûriers se généralisent. Malgré tout, les basses terres et la côte gardent l'apanage de l'olivier et des difficultés d'exportation

C'est dans ce contexte que l'on trouve la première trace officielle du hameau d'Ensuès. Il apparaît dans les textes lors du rattachement de la Provence au Royaume de France. Il était alors peuplé par des bergers venant de la vallée de l'Ubaye, conséquence directe de la transhumance. Ils s'établissent à la croisée des chemins qui mènent des rives de l'étang de Berre à la mer. On peut encore distinguer les ruines des premières fermes.

Pendant plus de quatre cents ans, les habitants de ce petit hameau (fluctuant de 100 à 300 habitants suivant les périodes) vivent principalement du travail de la colline (coupe des pins, transport du bois), du travail des champs (culture de l'amandier, de l'olivier, des vignes), de l'élevage (chèvres et porcs) ainsi que du travail de la mer (pêche).

C'est aussi à cette époque que son attesté la présence des madragues. La pêche à la madrague s'était répandue peu à peu sur la côte. Louis XIII en personne s'était déplacé pour assister au spectacle de la mise à mort des thons dont on dit qu'il se réjouit. Il existe alors sur la Côte Bleue plusieurs madragues, dont celle de Gignac, qui garde encore de nos jours son nom initial.

Comme on peut le constater, la priorité est accordée aux cultures de subsistance, comme partout ailleurs dans le Royaume d'ailleurs. De même, les techniques culturales n'évoluent guère aux cours de ces siècles et restent au niveau de la révolution agraire du XIIIe siècle. Les techniques et les instruments traditionnels n'autorisent que de médiocres rendements mais assurent quand même, en année normale, la subsistance de la population. Pendant des siècles, cette situation a constitué un verrou à une expansion démographique soutenue

Administrativement, tout en dépendant de la subdélégation de Martigues, le hameau était divisé en deux. La partie ouest était rattachée à la commune de Châteauneuf-les-Martigues, la partie Est à celle de Gignac-la-Nerthe.

Les Ensurenois de l'époque connaissent le principe de la communauté villageoise. "L'assemblée générale des habitants", ou communauté villageoise s'est progressivement mise en place au Moyen Âge. Réunie plusieurs fois par an, généralement le dimanche après la messe, composé des "chefs de famille" (ou "chefs de feux"), domicilié dans la paroisse et payant l'impôt, elle examine les affaires qui concernent la communauté tant dans le domaine économique que dans la vie sociale.

 

6/ LA CREATION DE LA COMMUNE D'ENSUES - LA REDONNE : 

Au XIXe siècle, la population se répartissait sur quatre hameaux, (Laure, Bastides Neuves, Le Rove et Ensuès). Elle représentait à peu près un milliers d'âmes. Toutefois, des frictions nombreuses existaient entre les habitants des différents hameaux. On pourrait résumer cela dans la formule : "Ceux d'en haut" contre "Ceux d'en bas"

Dés 1821, la situation se dégradant, les habitants du Rove et de Ensuès demandèrent à constituer une nouvelle commune indépendante, sans succès cependant. Cette demande fut toutefois renouvelée neuf ans plus tard (1830) avec plus d'effet, puisque le Conseil municipal de Gignac consentait, le 4 février 1834, à l'unanimité de surcroît, à la séparation demandée. A cette époque là, la population totale se montait à 1512 habitants dont 824 pour Le Rove/Ensués et 688 pour Laure/Gignac.

 

Le 24 juillet 1834, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône donnait son aval à la séparation, arguant le bien fondée de la démarche sur l'éloignement des deux hameaux de "montagnes" par rapport aux deux hameaux de "plaines".

Le 26 avril 1835, une ordonnance du Roi Louis-Philippe décidait que Le Rove et Ensuès étaient érigées en commune particulière au détriment de la commune de Gignac. Il est intéressant de noter que le rapport sur cette séparation fut fait par le Ministre Secrétaire d'État au Département de l'Intérieur, Adolphe Thiers. Le chef lieu de cette nouvelle commune était fixé au Rove.

Mais les difficultés n'étaient pas résolues pour autant. Comme quelques années auparavant, des dissensions apparurent entre les habitants du Rove et ceux d'Ensuès. De plus, un découpage aberrant rendait la tache des administrés kafkaïenne. En effet, le village d'Ensuès était partagé en deux, la partie ouest rattachée à Châteauneuf, la partie est au Rove. Et, comble de la plaisanterie, la séparation avait lieu au cœur même du village (entre les maisons du 19 et 21 Avenue Mistral).

Dans ce contexte, dès 1850, les conseillers municipaux représentant Ensuès au sein des communes concernées, réclamèrent à cor et à cri l'érection du hameau en commune indépendante. Il fallut toutefois une trentaine d'année pour que les démarches adéquates commencent auprès des pouvoirs publics (17 mai 1879).

Après cinquante quatre longues années de persévérance, opiniâtreté, sueur, démarches diverses et variées, les efforts consentis furent enfin récompensés. Même la ligne de chemin de fer de l'Estaque à Miramas par Port de Bouc fut achevée avant qu'une décision ne fut prise (le 15 octobre 1915). Le 16 mai 1933, le Président de la République Albert Lebrun signait une loi, publiée le lendemain dans le journal officiel, qui érigeait en commune distincte les hameaux d'Ensuès-La Redonne. Un mois plus tard, les premières élections municipales de la nouvelle commune donnaient la liste d'Augustin Gouiran (dit "Gutin") comme première équipe dirigeante. Le premier adjoint fut Zacharie Renaud et Michel Bonnay fut désigné comme adjoint spécial pour représenter les administrés de la côte.

Dans un premier temps, la Mairie s'installa dans l'ancienne maison d'école (l'actuelle Poste) qui, suite à divers travaux de réfection, fut officiellement inauguré le 6 septembre 1936. Ce nouveau local abritait conjointement le Bureau de Poste et la Mairie.

Enfin, le 19 février 1948, la commune acceptait le rattachement du quartier de l'Escalayolle, qui appartenait jusqu'à cette date à la commune de Carry-le-Rouet. Ce rattachement était la dernière modification du territoire de la commune.

Quant à la Mairie, elle déménageait en 1975 pour occuper l'actuel Hôtel de Ville.

 

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