LES RUMEURS

 

AVERTISSEMENT :  Nous allons faire un petit inventaire des rumeurs ayant couru sur l'Auberge de Peyrebeille. Il faut lire ce chapitre avec beaucoup de précautions et essayer de faire la part des choses.

 

I/ La fortune des Martin IV/ Les complices des Martin
II/ Le meurtre du "juif errant" V/ Les filles des Martin
III/ Les mauvaises actions VI/ Rumeurs et anecdotes

 

L'affaire de Peyrebeille est entourée par la rumeur ou, plutôt, pas les rumeurs. Elles ont tellement pollué cette histoire que, désormais, on ne sait plus trop distinguer ce qui est rumeur de ce qui est fait réel.

 

I : La fortune du couple Martin :

La première et la plus ancienne des rumeurs qui courut sur Peyrebeille fut celle concernant l'origine de la fortune du couple Martin. En effet, leur richesse et leur ascension sociale dans un lieu aussi isolé que ce plateau aride ne pouvait être que d'origine malhonnête. Car, hormis cette explication comment expliquer qu'en si peu de temps, cette famille modeste ait pu passer du statut de pauvre paysan à celui envié d'aubergiste respecté chez qui les notabilités n'hésitaient pas à s'arrêter.

La rumeur disait que le couple Martin était venu s'installer à Peyrebeille avec, comme tout bagage, une vache noire et une chèvre blanche. Vingt ans plus tard, ils étaient à la tête d'une fortune que la rumeur jugeait considérable.

La première remarque est que Pierre Martin avait déjà quelques années en temps que fermier derrière lui, à Chabourziat et que son pécule ne devait pas être uniquement composé de deux bêtes. Ensuite, il reprenait un corps de ferme appartenant à ses beaux parents, corps de ferme et terrains bien entretenus, un véritable pactole. La rumeur les présentant comme pauvre en prend un rude coup.

Mais ils firent fortune, ce qui dans ces région déshéritées attirent beaucoup de jalousie, même si cette explication est simpliste. Une telle fortune (que la rumeur évalue à plusieurs millions), amassée en si peu de temps, dans un endroit aussi retiré que ce plateau désertique de la haute Ardèche, ne pouvait que provenir de quelques mauvaises actions.

 

II : Le meurtre du "juif  errant" :

La rumeur commença très tôt, dès l'installation de Pierre Martin à Peyrebeille. Elle data et surtout identifia rapidement le point de départ de la série des crimes, imputable aux habitants de Peyrebeille.

Leur premier crime fut donc celui d'un riche marchand juif, dont une variante dit qu'il était colporteur en vêtements, qui avait eu le malheur de faire étape dans la toute nouvelle auberge. Ils l'avaient tué pour lui dérober plusieurs dizaine de milliers de francs qu'il avait eu l'imprudence d"emporter avec lui. Nul ne sut jamais son nom. Nul ne put le décrire. On ignore même la raison exacte de sa présence sur ce plateau désolé, probablement pour se rendre du Puy à Aubenas ou vice-versa. Tout ce que l'on sait de lui, c'est qu'il avait un cheval.

Et la rumeur dit que ce cheval avait été vu dans l'enclos de l'auberge de Peyrebeille. C'est vrai, Baptiste Palhes, un fermier et Jean Moulin, un maquignon de Pradelles témoigneront avoir vu un cheval magnifique dans l'enclos de Peyrebeille sans pouvoir dire comment Pierre Martin en avait pris possession.

La rumeur courut que le cheval avait été trouvé, mort, abandonné au fond du ravin. Là encore, les témoignages manquent comme ceux se rapportant à la famille de ce "juif errant" qui aurait recherché son parent, sans succès cependant, mais dévoilant à tous le monde qu'il portait sur lui une cassette contenant trente mille francs et de nombreux bijoux.

Ce meurtre aurait été le début d'une longue série de crime, tous perpétrés au sein de l'auberge qui porte bien son surnom de "rouge".

Là encore, pour ceux qui s'intéresse au mécanisme de la rumeur, on retrouve tout les ingrédients d'une bonne rumeur, y compris le juif errant cousu d'or.

 

III : Les mauvaises actions du couple Martin :

Il ne fallut pas longtemps pour que les pires choses commencent à être dites sous le manteau concernant les activités coupables de Pierre Martin et surtout de sa mégère de femme, Marie Breysse.

Les nombreuses disparitions dans la région ne pouvaient avoir qu'une explication : les aubergistes s'étaient chargés d'eux pour leur soutirer un quelconque pécule. De même; leur impunité n'était due qu'à une seule chose : l'accueil chaleureux qu'ils procuraient aux représentants de l'ordre et aux autorités, ainsi qu'aux notabilités locales.

Le principe d'une  rumeur étant de ne pas lésiner sur les chiffres, c'est donc plusieurs dizaines de meurtres qui sont mis sur le compte des aubergistes, même si les cadavres font défauts.

De même, si un cadavre est trouvé sur le plateau, ou même à plusieurs dizaine de kilomètres de Peyrebeille, visiblement victime des conditions climatiques (terribles dans cette région) du type tempête de neige, froid extrême, c'est bien entendu la faute de Pierre Martin.

 

IV : Les complices du couple Martin :

Le personnel pour aider le couple de meurtriers dans sa sinistre besogne ne manque pas :

* Jean Rochette pour commencer, le fidèle d'entre les fidèles, domestique, homme de confiance, dont le pays disait qu'il était aussi l'amant de Marie Breysse.

* André Martin ensuite, le petit neveu qui, dit-on, avait fait parti de la bande à Duny sans que l'on s'aperçoivent que son jeune age empêchait cette éventualité. Il devait cette légende à l'homonymie avec son illustre oncle, exécuté à Privas.

* Les filles du couple enfin, qui auraient été parties prenantes de ces sanglantes soirées. D'ailleurs, ne dansaient elles pas de joie le jour où Vincent Boyer assista au meurtre du vieillard ? Ce comportement démontrait, sans aucun doute possible pour les autochtones, dur au travail et attaché à leur terre, une âme noire, dévouée au mal et une éducation sans aucune morale. Et puis, ces deux filles là avaient fêté Noël avant Pentecôte

 

V : Les filles du couple Martin :

Toute une série de rumeurs courut sur les filles du couple. Elles étaient, elles aussi, accusées des pires maux. Leurs mariages respectifs ne seraient que des arrangements mercantiles entre les Martin et les familles des futurs époux, soit pour sauver la réputation de la première famille, soit pour renflouer les caisses de la seconde, tout en permettant aux aubergistes de monter dans l'échelle sociale.

Mais, au bout d'un moment, même les propres filles des époux Martin furent dégoûtées des agissement de leurs parents. C'est l'une des raisons principales à leurs départs de Peyrebeille. En 1830, Marguerite s'installa à La Fayette où elle ouvrit une autre auberge tandis qu'en 1831 Jeanne-Marie suivait son mari aux Vans.

Lors de l'exécution de leurs parents, le retour des filles à Peyrebeille fut interprété par la rumeur publique comme la preuve de leur culpabilité. Elles étaient revenues chercher le trésor que leurs parents avaient caché, quelque part dans l'auberge.

A aucun moment, la rumeur ne prit en compte le fait que la mise en gérance de l'auberge, le départ de Marguerite et le mariage de Jeanne-Marie aient pu être liés et la conséquence directe de la décision de Pierre Martin de prendre sa retraite.

De même, la rumeur ne prit pas en compte le fait qu'elles voulaient peut -être tout simplement assurer une sépulture décente à leurs géniteurs.

 

VI : Rumeurs et anecdotes :

La rumeur leur prête même le meurtre d'un préfet et de toute sa famille, femme et enfants compris. Pourtant, dans les archives de cette époque, on ne dénote aucune disparition de préfet ou même d'agression de haut fonctionnaire dans cette région. Pourtant, il ne faisait pas bon d'être représentant de l'état dans la France de Charles X.

Mais, dans ce cas, on peut retrouver la genèse de cette rumeur. Un préfet s'est bien arrêté à Peyrebeille. Et quel préfet : le Baron Haussmann en personne. Mais il est bien reparti, libre et bien vivant, sans aucun incident … heureusement pour la ville de Paris !

(Cf. mémoires du Baron Haussmann plus loin)